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Retro root #2: Trojan Room coffe pot - la cafetière la plus célèbre d'internet

Retro root est une catégorie d’article dédié à l’histoire de l’informatique. Certaines sont sérieuses d’autres beaucoup plus légères. C’est le cas de l’histoire de la Trojan Room coffee pot ou cafetière de la salle troyenne en français.

L’histoire

Imaginez une équipe de chercheurs en informatique à l’université de Cambridge au début des années 90, lorsque le world wide web n’était alors qu’un projet de recherche du CERN. Ces chercheurs étaient répartis dans une salle nommée salle troyenne ainsi que dans d’autres étages du même bâtiment. Ils devaient cependant faire face à un problème de taille: une seule cafetière filtre pour tout le monde, située dans le couloir jouxtant la salle troyenne. Imaginez-vous quitter votre bureau, parcourir de longs couloirs afin de prendre un café revigorant, pour au final vous retrouver face à une cafetière vide. Tout ce temps et toute cette énergie consommée pour rien! Il fallait trouver une solution au problème; la productivité du laboratoire en dépendait.

Les chercheurs décidèrent de positionner une caméra sur la machine à café. L’un d’entre eux, Paul Jardetzky créa un petit programme dont le rôle était de capturer l’image de la caméra plusieurs fois par minute. Il l’hébergea sur un serveur du laboratoire. Il fallait ensuite permettre à chaque chercheur de pouvoir afficher l’image depuis son poste de travail. A l’époque, le protocole HTTP est très récent, et les premiers navigateurs ne savent afficher que du texte. C’est pourquoi un autre chercheur, Quentin Stafford-Fraser développa un petit programme client permettant de récupérer l’image depuis le serveur et de l’afficher sous forme d’icone dans un coin de l’écran. La communication entre le client et le serveur reposait sur un protocole type RPC conçu pour l’occasion. Ainsi, les chercheurs pouvaient éviter des aller-retours inutiles et se déplacer uniquement lorsque du café était disponible. Si ce bidouillage technico pratique nommé XCoffee peut faire sourire, il a eu un retentissement que personne n’aurait imaginé.

En 1992, un certain Robert Bob Mecalfe (co-inventeur de Ethernet) visite le laboratoire et est enthousiasmé par ce programme. il décide d’en faire un article pour le magazine Communication Week (aujourd’hui disparu). L’article est d’ailleurs disponible sur le site de Quentin Stafford-Fraser

En 1993, bien que le langage HTML ne fait encore l’objet d’aucune standardisation officielle, la balise img permettant d’afficher une image est proposée et l’un des rares navigateurs de l’époque, NCSA Mosaic le supporte. Deux chercheurs Daniel Gordon et Martyn Johnson modernise le programme afin que celui-ci fonctionne en HTTP et le publie sur le site du laboratoire. La première webcam au monde est née. Les journalistes s’y intéresse et cette histoire fait l’objet de nombreux articles dans la presse, contribuant à attirer les curieux. A mesure que le web se démocratise, le nombre de visite augmente. En 1998, le cap des 2 millions de visites est franchi. Jamais une cafetière n’avait été aussi populaire :)

Fin et postérité

La webcam a été déconnectée en 2001 lors du déménagement du laboratoire. A cette occasion, Quentin Stafford-Fraser publie un article dans la revue de l’Association for Computing Machinery (ACM) intitulé The Life and times of the first web cam: when conveniance was the mother of invention . La célèbre cafetière a été mise aux enchères et acheté pour 3350 livres sterling par un magazine allemand. Depuis 2016 elle est exposé au Heinz Nixdorf MuseumsForumune webcam l’a filme comme à l’époque.

Parti d’un aspect purement pratique (ou de la flemme de certains chercheurs selon comment l’on veut voir les choses ), ce projet à démontré la faisabilité de faire transiter du flux vidéo en temps réel sur un réseau de communication pour des applications concrètes autres que militaires ou scientifiques.

Par ailleurs, cette histoire sera à l’origine d’une RFC poisson d’avril le l’IETF en 1998, normalisant le protocole Hyper Text Coffee Pot Control Protocol (HTCPCP) qui permet de contrôler et superviser une cafetière. Celle-ci prévoit notamment un code d’erreur 418 “I’am a teapot” (“je suis une théière”) qui a depuis été officiellement réservé dans la liste des codes d’erreurs du protocole HTTP. Et comme ceux qui écrivent les RFC aiment pousser le truc jusqu’au bout, une extension du protocole permettant de prendre en charge les théières sera normalisé par la RFC 7168 en 2014.

J’espère que cette article vous aura plu. C’est tout pour moi. A vous les studios.

*Image d’illustration du post générée via Firefly

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