Avec cet article, j’inaugure une catégorie d’articles intitulée “Retro root” ou “Nostalgie node” consacrée aux éléments que je trouve marquants, drôles ou intéressants de l’histoire et de la culture informatique.
Je préfère prévenir; dans le monde de l’informatique, je n’idolâtre personne et je n’ai aucun gourou. Ce n’est pas mon style. Si j’ai forcément quelques préférences technologiques et/ou philosophique quant à ce que doit ou devrait être l’informatique, celle-ci sont mouvantes et jamais unidirectionnelles. Par exemple, je considère que les distributions commerciales et communautaire peuvent et doivent co-exister, chacune exerçant son influence sur l’autre, tel un contrepoids sur une balance.
Cette petite mise au point étant faite, passons au sujet de cet article.
Qu’on le veuille ou non, Bill Gates a contribué (en bien ou mal selon les points de vues) à l’histoire de l’informatique et à sa démocratisation. Contrairement à d’autres fondateurs de géant de la tech, je lui concède qu’il a eu le goût pour les ordinateurs et le code bien avant d’en voir une opportunité financière. Récemment, j’ai lu le premier tome de ses mémoires intitulé Source code Mes débuts aux éditions Flammarion (il prévoit de faire deux autres tomes). Bill Gates y évoque la période allant de son enfance jusqu’à la naissance de Microsoft. Bien que ce genre de livre est toujours très orienté (il est difficile d’imaginer l’auteur se qualifier de raté), on y trouve tout de même des informations et histoires intéressantes. Celle-ci en fait partie.
Lorsque Bill Gates débute ses études à Harvard en 1973, il dispose déjà d’une certaine expérience en programmation. En effet, l’école de Lakeside qu’il fréquentait jusque là disposait d’un terminal permettant d’accéder à un ordinateur DEC PDB-10. Avec plusieurs camarades, il a contribué à plusieurs projets comme la conception d’un outil de gestion des emplois du temps des professeurs et des élèves. Aussi, lorsqu’il apprends que le Harvard’s Aiken Computation Laboratory dispose d’un PDB-10 donné par le département de la défense des Etats-Unis, il n’a qu’une seule idée en tête: obtenir le droit de l’utiliser. Il l’obtiendra après 30 minutes d’entretien avec le directeur du laboratoire, bien que d’habitude, l’accès est plutôt réservé aux diplômés pour des travaux de recherche. On lui donne la clé du laboratoire ainsi qu’un compte utilisateur: user 4114.
En 1975, Bill Gates travaille avec Paul Allen et Monte Davidoff sur l’Altair Basic, un interpréteur du langage Basic destiné à être vendu pour l’Altair 8800, l’un des premiers micro-ordinateurs. Sauf que pour cela, ils vont utiliser l’ordinateur du laboratoire Aiken… Paul Allen va d’ailleurs coder un programme permettant d’émuler l’architecture de l’Altair 8800 sur le PDB-10. Construire un programme commercial sur un ordinateur fourni par le département de la défense dans le cadre de recherches ne fut pas du goût du directeur adjoint du laboratoire fraichement recruté: “I want to see you in my office tomorrow at ten. ” Le jour J le directeur adjoint lui tends l’extract de la consommation du compte 4114: plus de 700 heures en un mois. Son compte est désactivé, Bill Gates doit rendre sa clé du laboratoire et le conseil d’administration d’Harvard est prévenu. Trois choses lui sont reprochées:
- consommation excessive des ressources de calcul
- utilisation des ressources à des fins commerciales
- avoir introduit des personnes non autorisées dans le laboratoire
Bill Gates contacte son père (qui est avocat) pour avoir des conseils. Pragmatique, celui-ci lui pose quelques questions comme par exemple: “est ce que les règles d’utilisation étaient écrites quelque part? est ce qu’elles t’ont été communiquées ?”. Il appellera également l’école pour poser les mêmes questions. Bill Gates écrira ensuite une lettre au conseil d’administration, présentant ses excuses tout en émettant des critiques sur la gestion de l’accès à l’ordinateur par le laboratoire.
Quelques semaines plus tard le verdict tombe: sur les trois faits reprochés, seul le troisième est retenu. Bill Gates aurait du demander l’autorisation avant de faire rentrer Paul Allen et Monte Davidoff. Cependant, le conseil d’administration a décidé d’en rester là. Bill Gates peut donc poursuivre son cursus.
Bill Gates prendra plusieurs périodes de césure afin de travailler pour son entreprise cofondée avec Paul Allen: Micro-soft (le tiret disparaitra par la suite). Il ne reviendra jamais finir son cursus à Harvard.
L’Altair Basic sera le premier programme vendu par Microsoft. Des années plus tard, Bill Gates consultera son dossier à Harvard. Il découvrira que l’un des chercheurs du laboratoire Eric Roberts l’a défendu, considérant que même s’il était opposé à la finalité commerciale de son travail, la responsabilité était partagée puisqu’aucune règles d’utilisation de l’ordinateur n’avaient été établies.
J’espère que ce premier article historique vous a plu. C’est tout pour moi, à vous les studios.
*Image d’illustration du post générée via Firefly
